Hommage à Gérard Luciani

Par Patrick Le Bihan

Gérard Luciani nous a tiré sa révérence par une ultime malice: celle de nous quitter durant la semaine du 15 Août 2021, profitant de la dispersion estivale générale.

Lors d'un dernier entretien, j'ai cru comprendre qu'il s'attendait à ce départ non sans regret: il aimait la vie.

Luciani epouse

Gérard Luciani et son épouse

C'était assurément un de ces rares représentants de la race distinguée et vaguement désuette des honnêtes hommes. De culture, il en était pétri, culture italienne au premier rang. Une culture au service d'un humour retenu et subtil qui ne l'a jamais quitté, jusqu'aux derniers moments. Qui n'a pas en mémoire ce regard malicieux annonciateur d'un bon mot ou d'une anecdote volontiers gaillarde mais jamais méchante?

L'avez-vous ressenti? C'était le Président de Brosses venu nous visiter. Même rondeur, même joie de vivre, même brillant de conversation, même curiosité de ses semblables, même regard légèrement ironique sur ses contemporains, non pas pour accuser mais plutôt pour en rire. Et bien sûr même amour de l'Italie, notre mère commune et tout spécialement pour Venise, notre commune maîtresse.

Gérard était un de ces personnages qui nous font aimer les pédagogues et l'Université. Toute sa vie, au-delà de son enseignement, il a su cultiver l'art de raconter. Qui n'aime pas qu'on lui raconte une histoire? Il savait si bien captiver son auditoire, en prenant son temps, en ménageant les préliminaires, sachant trouver le mot qui fait mouche et lui met son auditoire dans la poche.

Gérard n'aurait pas fait un bon militaire, cet art simple et tout d'exécution si l'on en croit Napoléon. Piètre logisticien, selon son propre aveu, étranger à toute idée de carrière et absent permanent de la chasse aux honneurs, il savait par contre mobiliser notre imagination et nous donner envie d'aller plus loin avec lui. Non pas pour fouiller les recoins obscurs de l'existence mais toujours pour nous entraîner vers des contrées lumineuses et volontiers espiègles, autant de promesses de bonheur, pour paraphraser Stendhal.

Stendhal. Après le Président de Brosses, voilà un autre personnage qui lui va bien. J'ai toujours pensé que par certains traits, aussi bien physiques que moraux, certaines joviales rondeurs, il y avait parenté. Sans parler bien sûr de son humour, de sa culture classique et de son amour de l'Italie.

Président honoraire de notre association, très proche de Gérald Rannaud, et ce n'est pas un hasard, c'était un stendhalien existentiel, déjeunant avec Stendhal et soupant avec lui. L'écouter lire des extraits de La Vie d'Henri Brulard, c'était entendre l'écho de son  auteur, même s'il savait garder ses distances, habité par d'autres amours, Goldoni en tête.

Alors bien sûr, même si la nostalgie n'est plus ce qu'elle était, comment ne pas ressentir un pincement de coeur à voir nous quitter de tels représentants d'une certaine culture dite humaniste, nourrie des grecs et des romains, moquée avec des mots définitifs par tant de gens très intelligents et assurément très modernes.

Alors ces gens très intelligents et très modernes, on les aime bien, mais pour autant, laissez nous encore savourer tout ce qui a fait le sel de la vie d'un honnête homme: Gérard Luciani.

Patrick Le Bihan

Luciani bihan

Barre marsais

Gérard Luciani prix Diego Valeri

Monselice 6 Juin 1999

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